Lettres, souvenirs du passé et idées du futur

Récemment je suis retombé nez à nez avec du vieux courrier. Du très vieux courrier. Le genre dont on n’a aucun souvenir de par une ancienneté qui se compte avec plus d’années que de doigts dont nos mains ont été dotées.

Il y avait de tout dans ces lettres. De l’amour avant toute chose mais aussi de l’amitié voire de simples échanges sans suite, de la reconnaissance ou des encouragements, mais surtout de l’humain qui venait de n’importe où. De ces amis que je ne rencontrerais finalement jamais à cet amour que mon manque de courage n’a pas permis de construire, de cette ancienne collègue de travail en route pour se faire interner jusqu’à ce vieil homme anglais que je ne connaissais que par mon père.

J’ai voulu tout garder car même si j’aime beaucoup ces souvenirs de papier, j’ai surtout le sentiment que c’est ce qui a fait de moi qui je suis aujourd’hui. Les écrits en eux-mêmes ne racontent plus grand chose maintenant qu’ils sont séparés de leur contexte, détachés de leur conversation, mais véhiculent toujours ces valeurs importantes d’amour et de compassion avec abondance. Je me dis que c’était là ma façon la plus évidente de retranscrire mes émotions à l’époque jusqu’à me faire reconnaître en moi-même ce qui allait en partie me caractériser. Ce même amour, cette même compassion, cette disponibilité pour mon entourage.

Il est vraiment marrant de retrouver ces écrits qui, par leur trop grande fréquence se réduisaient dans l’ensemble à faire un tour complet des banalités de nos journées, de la météo à la musique passant à la radio, tout en gardant une grande authenticité là-dedans. Comme si le fait de le lire sur le moment, à l’époque, ou dans le présent nous permettait de rêver et d’imaginer ce qu’il se passait de l’autre côté, dans cette dimension où l’écriture se faisait, jusqu’à en oublier le facteur temporel et se laisser croire que ce qu’on est en train de lire aujourd’hui reste quelque peu réel. De quoi laisser rêveur.

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Ils avaient tellement hâte qu’on se rencontre, et s’ils m’attendaient encore ? Elle avec qui j’avais échangé je ne sais combien de je t’aime et de promesses à l’encre sans pouvoir faire de même alors que je me tenais devant elle, serait-ce possible que son cœur ait gardé en lui ce sentiment d’ailleurs ? Cette collègue, qui m’encourageait à devenir grand par des mots chacun plus motivant que le précédent, je n’ai jamais pu lui dire merci. Elle ne m’a jamais laissé d’adresse pour lui répondre. Est-ce trop tard pour la trouver, elle qui avait l’âge d’être ma mère et qui en avait tenu le rôle sur un papier ? Le vieillard lui n’avait pas oublié de préciser d’où venait son courrier alors qu’il le signait des initiales « U.K ». Je sais qu’il s’était brouillé avec la famille, mais je percevais en lui une sagesse que je n’avais jamais connue. Peut-être avait-il de nombreuses choses à apprendre au jeune naïf comme moi sans que j’aie eu la chance d’en profiter ?

Je relis et j’éprouve quelque chose d’étrange. Un mélange de nostalgie et de mélancolie, comme si j’avais écarté de trop nombreuses opportunités dans ma vie. J’ai toujours aimé échanger avec ces gens que je ne connaissais parfois que de nom. Je me suis souvent demandé si mes parents réalisaient alors le temps que je pouvais y consacrer, s’ils voyaient leur réserve de timbre descendre en même temps que la boîte à lettre se remplissait d’enveloppes à mon nom. Ils ont dû remarquer, forcement. Ils leur arrivaient même de faire suivre les lettres qui m’étaient destinées lorsque je partais en vacance. Ils devaient bien voir, à chaque petit symbole présent sur l’enveloppe que le même expéditeur m’envoyait régulièrement ses mots par la poste. Que pouvaient-ils bien penser ? De la fierté ? De la curiosité ? De l’envie peut être ?

Échanger des lettres à ce côté presque magique de n’offrir son contenu qu’à celui qui la reçoit. Personne ne peut lire au travers de l’enveloppe protectrice, violer son contenu risquerait de couper court au procédé de correspondance tout entier. Rien à voir avec un échange téléphonique ou une discussion autour d’un café. Personne ne peut écouter les murmures de ton esprit pendant ta lecture muette. Même échanger un e-mail à cette petite différence de par sa nature physique paraissant étonnamment moins authentique. Combien de fois ce message virtuelle a-t-il été relu, corrigé, effacé et retapé avant d’être envoyé ? Alors que dans nos courriers demeurent non autant de souvenirs que d’erreurs, de ratures et parfois même de modestes tentatives plus ou moins réussies de dessins.

Ah, décidément, non, il n’y a rien de comparable à une lettre manuscrite, écrite à la plume tant qu’à faire ou au stylo gel à paillettes comme le voulu la mode il fut un temps. Je plonge tête la première dans ces souvenirs et, alors que je remonte à la surface, je me dis que ce monde moderne aurait bien besoin de cette authenticité à nouveau. Ecrire, échanger, se soutenir et s’encourager, se raconter des choses, des journées, des souvenirs, des anecdotes, des amours, des séparations, une vie inconnue, la vie tout court, de tout point de vue et pour tout point de vue.

Il y a une expérience intéressante à réaliser. Peut-être dois-je la lancer si elle n’existe pas déjà ? D’ici là… Ça vous dirait de s’échanger quelques lettres ?

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